Vous la ressentez l’agressivité???
Moi je la sent bien là! Mais ne vous méprenez pas. Elle n’est aucunement à votre encontre, mais belle
et bien à la mienne. Ce cri de rage et de haine n’est uniquement destiné qu’à une seul personne: Moi! Enfin plutôt aux autres enfermés à l’intérieur de moi; oui parce qu’on est plusieurs dans ma
tête… mais c’est moi qui commande!
Pourquoi s’engueule-t-il comme ça avec lui-même pensez-vous sûrement?
Pour quelle raison en arrive-t-il à cette animosité envers sa propre personne?
Pourquoi décide-t-il de laver son linge sale en publique?
La réponse est simple: ici vous êtes chez moi, donc je fais ce que je veux! (cqfd)
Plus sérieusement je viens pour la première fois à confesse auprès de vous.
[La première fois que mon prof d’histoire-géo m’a demandé si j’allais souvent à confesse (je ne me rappelle plus du
contexte alors ne me le demandez pas), je lui ai demandé où c’était situé sur la carte et il m’a envoyé vérifier dans le couloir…
Quelques années plus tard, j’ai pu constater que c’était un homme avec un très grand sens de l’humour; mais
apparemment pas les mois en «r»…]
Si je viens vers vous aujourd’hui donc, avec cette envie d’expulser ma rage envers moi-même c’est pour la simple et
bonne raison que quelque chose bout en moi et que l’une des meilleures solutions que j’ai trouvé pour l’évacuer, outre la possibilité d’aller payer un inconnu pour m’allonger sur son divan, ou
celle de devenir un régulier du bistro hétéro-friendly du coin de ma rue (et de risquer par là-même de me retrouver aussi sur le divan d’un/une (en un seul corps) inconnu/e), c’est de vous faire
part de ce qui me hante.
Bon pour établir les bases, je sais ce que je veux faire, je déborde d’idées (un peu trop à mon goût, pour
l’instant), j’arrive à avancer et j’ai pris plusieurs décision concernant ma vie, mon comportement et la façon de me présenter aux gens que je rencontre (self-estime me voici).
En discutant avec plusieurs amis récemment, certains d’entre eux m’ont fait prendre conscience du fait qu’il n’y
avait qu’un pas entre se dire « je voudrais être » et « je suis ».
Pendant un bon moment j’ai dit que je voulais être écrivain, que c’était une chose qui me tenait fortement à cœur.
Depuis ces conversations et cette petite (mais ô combien importante) prise de conscience, j’ai décidé de me présenter en tant qu’écrivain.
Et bien sur lorsque vous rencontrez quelqu’un qui se présente à vous en vous disant «je suis écrivain», tout de
suite vous cherchez dans votre mémoire (la case en haut à gauche) si vous n’avez pas vu son nom sur l’étagère (en haut à gauche aussi) du libraire la semaine dernière.
C’est là que les petits démons interviennent. Ces petits merdeux qui pensent à votre place et qui vous rongent de
l’intérieur : «T’as écrit quoi jusqu'à maintenant?», «T’écris dans des journaux?», «Quel genre tu écris?», «Tu as déjà vendu beaucoup?» et le petit dernier (celui avec la cicatrice à l’œil,
l’oreille à moitié bouffé et la crête blanche) qui balance plus fort que les autres: «T’as écrit trois pages et tu te dis écrivain!» Celui-là le jour où je reçois mon premier manuscrit imprimé,
je lui écrase la gueule avec!
Mais je sais bien qu’il faut commencer quelque part.
Ce n’est pas la peine de gagner une course automobile pour dire qu’on est pilote de course! Ce n’est pas la peine
d’avoir trois macarons au Michelin pour dire qu’on est chef cuisinier! Bon en contre partie ce n’est pas parce qu’on sait trouver des veines qu’on est infirmier non plus, ni parce qu’on a passé
cinq heures en raid qu’on peut s’estimer rempli de courage, sans peur et qui sait faire face à toutes les situations difficiles (mais c’est quand même bon pour l’estime de soi aussi).
Chaque pratique à ses limites établies grâce auxquelles on peut se situer plus ou moins haut dans l’échelle. Et
pour ma part j’accepte très bien le fait de dire que je suis écrivain, alors MA GUEULE ! J’ai des idées, je les développe, je les gonfle, j’y mets du style, bon pas forcément le mien (mais
quand même un peu) mais ça fait partie des règles du bas de l’échelle, de ne pas encore savoir quel est le mien. Et ce n’est pas parce que ça ressemble à du «untel» que ça en est !
S’il est jaloux il n’avait qu’à trouver l’idée avant merde !
Vous me suivez un peu ou pas ?
Là où je veux en venir c’est un peu plus loin dans le temps; si après avoir continué à persévérer, à écrire encore
et encore, à noircir des tonnes et des tonnes de pages – sous word, si après tout ça rien n’a «physiquement» abouti, comment vais-je me sentir?
Ce n’est pas une chose qui se fait en quelques mois, c’est un travail qui prend du temps et qui va encore en
prendre, le temps de trouver mon rythme, mon style, de trouver les bons mots et la façon de les dire!
Est-ce que j’aurai le courage de regarder tous ces gens que j’aurai rencontré jours après jours, mois après mois,
années après années, dans le blanc des yeux et leur dire: «Finalement ça n’a pas marché, je n’étais pas fait pour ça il faut croire. »
Sincèrement, oui! Je m’en fou de ce qu’ils pensent, j’aurais fait ce que j’aime et je l’aurais bien fait, comme
toutes les choses dans lesquelles je me suis toujours investi!
Et puis les personnes dont le regard m’importe le plus sont justement les personnes qui ne me jugeront pas en
fonction de cette non-réussite ou de ce succès (c’est un bien grand mot je sais mais ce n’est pas parce que j’ai des doutes que je n’ai pas de but non plus.)
Je sais ce que je vaux! Je sais ce dont je suis capable! Je sais comment y arriver! Je sais ce qu’il me reste à
faire!
Plaît-il…? Vous dites…? «Je commence quand»?
Rhooo ta gueule le démon!!!